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La tempête de verglas 98

Je dois me considérer chanceux; j'habite sur la Rive-Nord de Montréal, et c'est la Rive-Sud qui a été le plus touchée par la tempête de verglas. J'ai quand-même vécu certains évenements, j'ai senti le temps s'arrêter et été témoin d'une nuit irréelle. J'ai même eu peur pour ma vie et celle de ma femme à un certain moment, et été impressionné et excité par tout ce qui se passait et par ce que je voyais à d'autres moments.

Il pleuvait déjà de la glace depuis lundi, mais c'est à partir de mercredi, le 7 janvier 1998 qu'on a senti qu'il se passait quelque chose. On aurait dit que les nuages n'avançaient plus. Qu'ils s'étaient garés au-dessus de la ville. Et la météo n'était guère encourageante pour les prochaines heures puisqu'ils annonçaient du temps encore pire pour jeudi et vendredi.

Au matin du jeudi, 8 janvier 1998, la Sécurité Public demandait aux employeurs de permettre à leurs employés de prendre congé, afin de réduire la circulation sur les routes, l'engorgement au centre-ville et aussi rationner l'électricité.

En fait, au moment où j'écris ces lignes, nous sommes le samedi-soir, 10 janvier 1998. Depuis 3 jours, je n'ai aucune nouvelle de mon patron, je n'ai pas réussi à entrer en communication avec lui, et je ne suis pas rentré au travail jeudi et vendredi; partout, les routes étaient glissantes, les arbres et les pilônes électriques tombaient, bref, pas un temps pour trainer dans les rues.

- La foudre et le tonnerre -

Ce que j'ai vu, jusqu'au vendredi-soir, se limitait à ce que je voyais de la fenêtre de ma maison et aux nouvelles à la télé, car on était parmis les chanceux à avoir encore de l'électricité.

La journée de vendredi a débuté en grandes pompes par...un orage! Eh oui, en plein hiver. J'ai essayé de filmer un peu la foudre, mais ce genre d'orage d'hiver (extrêmement rare) produit des éclairs qui ne touchent pas le sol. Ces éclairs se forment entre les nuages. J'avais quand-même un drôle de tableau sous les yeux, avec les glaçons qui pendaient accrochés à mon toit, le grésil qui tombait, puis les éclairs et le tonnerre.

Orage et neige

- Soirée organisée -

On avait encore l'électricité mais le téléphone nous a lâché à 15h00. Le cellulaire de mon voisin m'a rendu un bon service pour finaliser l'organisation d'une petite soirée. Car ce temps de patins (j'ai pensé à "temps de chien" ou "temps de canard", mais je crois qu'il n'y a que les patins pour aimer ce temps) bref, cette température n'allait pas me faire annuler une soirée prévue depuis longtemps chez des amis. Ce couple d'amis se trouve dans la même ville que moi (Laval, Québec), mais un bon 30 minutes de route est nécessaire pour s'y rendre.

En chemin, j'avais l'impression de rouler dans le sable, tellement la couche de grésil était épaisse sur la route. Mais ça restait de la glace et ça glissait!

À une intersection, une vision surréaliste dans ce coin de pays: 7 ou 8 camions de l'armée s'arrêtant à une station pour prendre de l'essence. On se serait cru en guerre. Mais ils étaient là pour nous aider.

Nous sommes finalement arrivés vivants chez nos copains. Simple précaution après avoir garé la voiture: nous avons recouvert le pare-brise d'un morceau de sac en plastique pour éviter d'avoir à le déglacer à la fin de la soirée. À cet instant, il tombait encore un peu de verglas.

Durant la soirée, un craquement dans le toit, semblable à un écroulement ou un long coup de tonnerre, nous a surpris et inquiétés un peu. Par la fenêtre, à plusieurs reprises nous avons vu des lueurs bleues dans le ciel, signe que des transformateurs explosaient. Nos chers amis en avaient d'ailleurs un gros, accroché après un poteau dans leur cour, et il faisait un drôle de bruit... Les lumières dans l'appartement clignotaient un peu parfois, mais on avait de l'électricité.

- Des airs de fin du monde -

À la fin de la soirée, en bon mari, je me propose d'aller déneiger et réchauffer un peu la voiture. En sortant à l'extérieur, surprise!

Le monde a changé...

Tout est silencieux... la température beaucoup plus douce... mais le ciel s'illumine sans cesse de lueurs bleues, et on entend des craquements partout; la glace, accumulée depuis lundi sur les fils, les toits et les arbres, commence à fondre, se détache et tombe sur le sol avec fracas. Le seul chemin que je peux prendre pour aller à la voiture m'oblige à descendre des escaliers glacés en passant sous un énorme arbre qui lance violemment ses projectiles de glace sur le sol à la moindre brise.

Vous avez déjà joué à ce jeu où vous deviez éviter un ballon que vous lançaient vos camarades de classe, lorsque vous étiez petits? Eh bien ça se jouait maintenant entre moi et cet arbre. Je devais deviner le bon moment où m'élancer, puis passer à vive allure sous l'arbre en descendant les escaliers sans me casser la gueule, tout en évitant de recevoir un de ces missiles sur la tête. Et en espérant qu'une branche ne s'y détache pas non-plus.

En fait, j'ai dù faire le trajet à 3 reprises, la 3ième fois en compagnie de ma femme. Ce fut extrêmement critique, des dizaines de morceaux de glace éclatant sur le sol derrière nous tout juste après notre passage.

- Le retour en voiture -

Ce n'était pas terminé! Il nous fallait revenir chez nous. J'ai d'abord pu constater l'état de la chaussé en glissant en voiture sur une dizaine de mètres, le pied pourtant bien à fond sur la pédale à frein. En chemin, ma blonde prend la caméra. Elle peut filmer un peu, quelques "flashs" lumineux dans le ciel, puis la caméra se ferme, victime de l'humidité.

Le même combat que je venais de livrer avec l'arbre, je devais maintenant le livrer aux fils électriques passant au-dessus de la route, ainsi qu'aux lumières de rues, aux feux de circulation et aux ponts. De tous ces objets, d'énormes quantités de glace s'y détachaient et allaient éclater sur le sol avec fracas. Je ne pouvais que me fier au hasard, en espérant qu'aucun de ces morceaux n'atteigne la voiture. Dans ma tête, je calculais: je roule à 60 km/h, les morceaux doivent tomber à peu près à la même vitesse, quels seraient les dégâts si un de ces morceaux frappaient le pare-brise?...

- Panne d'électricité -

Arrivés chez nous... c'est noir... très noir... trop noir... ça y est, nous écopons nous aussi: plus d'électricité. Comble de malheur, ma clef tordue n'entre plus dans la serrure de la porte de la maison. On essaie la clef de ma copine: ça marche! On entre...

Panne d'electricite

Je vais prendre la lampe de poche alors que ma femme allume 3 bougies. Il fait 19 degrés celcius. C'est moins froid que l'on croyait; il est 2 heures du matin. On évalue qu'il doit y avoir panne de courant depuis 2 heures environ (On saura plus tard que l'électricité manquait en fait depuis 22 heures la veille... la maison doit être bien isolée).

Il est tard, le téléphone ne fonctionne pas encore; on décide de passer la nuit ici, sous un tas de couvertures, et de partir au matin chez mes parents s'il n'y a pas de changement. Sans chauffage, l'hiver, au Québec, dans une maison bien isolée, on perd environ 1 degré par heure.

- Images d'une nuit pas ordinaire... -

Avant d'entreprendre la nuit, je fais une sortie à l'extérieur avec ma caméra vidéo pour filmer un peu. L'atmosphère est étrange... tout semble arrêté, mort... le silence, à l'infini, est brisé par le bruit de craquements... de glace et de branches qui se cassent... puis au loin, à un certain moment, après l'explosion d'un transformateur, le bruit d'une alarme quelconque qui s'est déclenchée... des airs de fin du monde...

Tempete de verglas

De la glace se détache soudain du toit de ma voisine et va s'écraser au sol, me faisant sursauter. C'est ensuite au tour du toit de ma propre maison de perdre des morceaux. Ce bruit fracassant, on l'entendra de temps en temps, toute la nuit.

Averse de glace

L'atmosphère est sinistre. On dirait que le quartier tombe en morceau, après avoir été bombardé.

De retour dans la maison, j'installe ma caméra sur le trépied, puis je filme quelques heures. Plusieurs épaisses couvertures nous recouvrent et entre nous deux, un walkman (baladeur), fonctionnant avec des batteries, nous donne les dernières informations sur la catastrophe...

Ma caméra a capté plusieurs des gros "flashs" bleus, blancs ou verts.

Explosion

6h00 du matin, ma blonde me réveille; on a de l'électricité!

- Chanceux malgré tout -

On a également été extrêment chanceux. Il y en a qui n'auront pas d'électricité pour encore 2 semaines. Il y en a qui dorment sur des petits lits pliants, dans des centres d'hébergement où s'entassent des milliers dhommes, femme et enfants. Tout le monde vit ensemble, dans la même pièce. Les parents ont peur pour leurs enfants. Des pédophiles auraient déjà été arrêtés. Il y a aussi des témoignages de parents battant leurs enfants. Les gens sont à bout de nerf. Les douches se font rares.

Il y a aussi un miracle. 11 ou 12 morts peut-être, depuis le début de la tempête. C'est déjà trop, mais c'est peu compte-tenu des événements. Aussi, c'est surprenant et rassurant de constater à quel point nous sommes capables de nous organiser, ici, dans notre petit bout de planète où les catastrophes sont pourtant si rares.

- Conclusion -

Samedi-soir, 10 janvier 1998. Mes parents, qui me proposaient initialement de m'héberger en cas de problème, viennent de retourner à leur domicile; c'est eux, finalement, qui ont eux besoin de mon aide. Mais eux aussi ont été chanceux; l'électricité est revenue après un manque de seulement 24 heures...

Un mois plus tard, dans les morceaux de glace qui se sont brisés en tombant du toit de mon abris d'auto, on pouvait y lire toute l'histoire de la tempête à Fabreville, Laval (Québec), les différentes périodes de grésil ou de verglas, comme un géologue lirait un bloc de pierre.

Morceau de glace

Par Bewindo,
Fabreville, Laval (Québec) Canada,
10 janvier 1998 (image :
Bewindo)


Cette histoire lue fois
depuis le 11 janvier 1998

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